Comprendre l’intérêt de choisir une Huile Essentielle de qualité (ou un Hydrolat)

Comprendre l’intérêt de choisir une Huile Essentielle de qualité (ou un Hydrolat)

22 août 2020 0 Par David Kerhoas

Que vous soyez thérapeute, professionnel de santé ou utilisateur au quotidien, il est important d’utiliser des Huiles Essentielles (HE) et Hydrolats Aromatiques (HA) de qualité, afin d’assurer sécurité et efficacité.

Selon les producteurs, il existe d’importantes différences de composition chimique des HE et par conséquent des différences dans leur qualité. Par extension, il faut noter que les produits de qualité vont souvent de pair avec un mode de production respectueux du cycle naturel des plantes et de leur écosystème.

Notions préalables :

Le processus de distillation d’une plante conduit à l’élaboration de deux produits différents :

Si la plante est aromatique (Rosmarinus officinalis, Melaleuca alternifolia, etc.) :

  • L’Huile Essentielle,
  • L’Hydrolat Aromatique.

Si la plante n’est pas aromatique (Centaurea cyanus, Hamamelis virginiana, etc.) :

  • L’Hydrolat.

Hydrolat Aromatique : c’est le résultat de la distillation de l’eau sur une plante aromatique, séparé de l’Huile Essentielle (ex. : HA de Rosmarinus officinalis).

En effet, toutes les plantes ne sont pas aromatiques, cela signifie qu’elles ne produisent pas toutes des Huiles Essentielles.

Hydrolat : c’est le résultat de la distillation de l’eau sur une plante (HA de Centaurea cyanus).

Eau florale : c’est le résultat de la distillation de l’eau sur une fleur (d’où « floral », mais le terme « hydrolat » serait juste), séparé de l’HE quand il y en a.

Pour une utilisation thérapeutique de l’HE ou de l’HA, il est impératif d’utiliser un produit de qualité médicale.

Plusieurs paramètres conditionnent la qualité de l’HE et de l’HA :

  • l’état de la plante, de sa culture à sa distillation en passant par la qualité de sa cueillette !
  • la qualité de l’eau utilisée pour la distillation,
  • le matériel utilisé pour la distillation,
  • le savoir-faire du distillateur.

Petite illustration du savoir-faire :

« La graine de Coriandre fraîche peut présenter une fragrance forte, […] très désagréable. Pour pallier cela, […] il faut appliquer la méthode ancestrale dite des « cents jours ». […] mise en culture de la plante, cueillette, séchage et distillation devront s’effectuer en cent jours, tout au plus… »

(Michel FAUCON , Traité d’aromathérapie scientifique et médicale Tome 2.)

Ces techniques ancestrales ont une explication scientifique : ce traitement réduit le taux d’aldéhydes de la Coriandre, molécule responsable de cette odeur forte.

 

Aussi, « […] une même plante issue d’un même terroir saura modifier au jour le jour la chimie aromatique dont elle est le siège, afin de résister au mieux à des conditions de vie nouvelles. »

(Michel FAUCON, Traité d’aromathérapie scientifique et médicale Tome 2)

Vous pouvez en déduire que les HE et HA ne sont pas des produits standardisés. En toute fin de fabrication, la « chromatographie en phase gazeuse » couplée au « spectromètre de masse » permettront de déterminer le profil chimique qualitatif et quantitatif de l’HE et de l’HA.

Une HE ou un HA de qualité médicale peut parfaitement résulter d’un production artisanale. En effet, le mode de production industriel est peu compatible avec certaines nécessités :

  • recueillir une partie précise de la plante et non pas la plante entière (séparer le clou de Girofle de sa griffe),
  • cueillir la plante à une heure spécifique (au petit matin pour la Rose),
  • ôter à la main certains insectes (les pinces-oreilles affectionnent la Rose de Damas !),
  • pratiquer un séchage dans des conditions spécifiques (au soleil pour la Lavande vraie),
  • respecter un temps de distillation parfois long (12 heures pour la précieuse Ylang Ylang complète),
  • ou un temps de distillation fractionné (c’est le cas pour le Cyprès),
  • l’utilisation d’une petite cuve de distillation (<1500L) pour un bon contact entre vapeur et plante, et pour une distillation très douce, lente et aussi complète que possible (c’est extraire toutes les molécules aromatiques et préserver leur composition),
  • la règle du « un pour un » : c’est le fait d’utiliser un seul litre d’eau pour distiller 1kg de plante, au risque d’obtenir un produit trop dilué ou déséquilibré chimiquement. Certains industriels utilisent plus de 20L d’eau pour 1kg de plante.
    … liste non exhaustive !

Tous les fournisseurs ne garantissent pas un tel travail et une telle qualité. Vous imaginez que tout cela n’est pas au goût de certains industriels qui souhaitent produire « en masse et rapidement ».

 

« L’art de distiller est aussi affaire de patience. »

Laurent GAUTUN, producteur.

 

En pratique :

  • Exigez que la plante soit cultivée en bio (au risque de retrouver une forte concentration de pesticides dans l’HE et dans l’HA. Les raisons du choix biologique sont nombreuses mais ne peuvent pas être détaillées ici.),

Le produit doit mentionner :

  • son numéro de lot, afin de pouvoir demander une chromatographie au producteur en cas de besoin,
  • l’appellation latine de l’HE ou de l’HA. Ex : Melaleuca quinquenervia = Niaouli. Plus de risque d’erreurs ou de confusion entre deux plantes !
  • Son origine géographique. Ex. : Madagascar. Certaines origines sont plus propices que d’autres à l’obtention d’une HE au profil chimique idéal,
  • L’organe producteur. Ex : Feuille. En effet, la composition chimique de l’HE peut être radicalement différente en fonction de l’organe distillé !
  • Le mode d’extraction. Ex : distillation à la vapeur d’eau qui, autrement que pour les zestes qui sont expressés à froid, constitue le mode d’extraction nécessaire à la qualité médicale,
  • Le chémotype (CT). Ex : 1,8-cinéole. Cela permet de choisir son HE en fonction des effets recherchés, et cela prouve que la composition chimique de l’HE a été analysée comme expliqué plus haut. Pas de thérapie « à l’aveugle » !
  • Et enfin la mention : 100% pure et naturelle, biologique ou sauvage. L’HE ne doit pas être coupée ou modifiée. Sa composition deviendrait trop aléatoire et potentiellement dangereuse.

A noter qu’un HA de qualité ne nécessite pas d’ajout de conservateurs. Il suffit de le conserver au réfrigérateur après ouverture et de le consommer dans les 3 mois en moyenne (se référer aux conseils du producteur).

 

Fournisseurs de confiance :

Je n’ai aucuns liens d’intérêts avec ces marques. Elles sont recommandées par les auteurs de référence en matière d’aromathérapie scientifique et j’ai pu vérifier les chromatographies de plusieurs HE.

D’autres fournisseurs pourtant connus et bien placés sur le marché vendent parfois des HE au profil chimique déséquilibré (ex : Chamaemelum nobile à plus de 5% de cétones, passant de remède souverain pour les crises d’angoisses à un produit neurotoxique). L’économie de quelques euros sur un flacon peut en définitif vous coûter cher.

 

Dernier point, les HE s’utilisent majoritairement diluées, ce qui réduit les coûts. La dilution n’est pas synonyme de moindre efficacité, au contraire. Vous diminuez les risques de sensibilisation et d’effets indésirables. En pratique, vous pouvez vous baser sur l’excellent tableau du site Aromage :
https://aromage.fr/index.php?fc=module&module=ph_simpleblog&sb_category=actuaroma&rewrite=comment-doser-vos-preparations-en-huile-essentielle-&controller=single

Pour connaître les précautions d’emploi d’une HE ou d’un HA (et seulement pour cela), je vous conseille la lecture du site https://www.compagnie-des-sens.fr/, aux monographies très complètes et accessibles, rédigées par une équipe scientifique.

 

En espérant vous avoir apporté des clés intéressantes pour le choix éclairé de vos HE et HA, produits précieux et subtils, à l’image des grands crus de nos terroirs, qui nécessitent de connaître quelques notions pour les apprécier à leur juste valeur.

 

Je propose l’atelier « Comment utiliser les Huiles Essentielles » (1h30). Vous pouvez solliciter une intervention via la page de contact ou au 06 83 41 72 63.

 

Pour aller plus loin :

  • Faucon, M. (2017). Traité d’aromathérapie scientifique et médicale – Les huiles essentielles – Fondements et aides à la prescription. SANG DE LA TERRE.
  • Faucon, M. (2018). Traité d’aromathérapie scientifique et médicale Tome 2 – Les hydrolats. SANG DE LA TERRE.
  • Tisserand, R., & Young, R. (2013). Essential Oil Safety : A Guide for Health Care Professionals (2e éd.). Churchill Livingstone.
  • Couic-Marinier, F., & Frely, R. (2019). Huiles essentielles – Le guide complet pour toute la famille. SOLAR.

Bibliographie :

  • Faucon, M. (2018). Traité d’aromathérapie scientifique et médicale Tome 2 – Les hydrolats. SANG DE LA TERRE.

Sitographie :

  • https://www.compagnie-des-sens.fr/